Le Voyage d’Ulysse   Ulysse’s Voyage
 


Quand il était enfant, Ulysse partit pour le désert. Dans un formidable décor de rochers érigés en plein ciel comme un rêve d’architecte  dinosaure, il fit un voyage dans le temps et dans l’espace à la fois.

C’était comme pénétrer les entrailles de la terre, aux origines mêmes du Monde. Pour Ulysse, qui était le plus jeune de la troupe, c’était revenir seulement quelques années en arrière dans le ventre maternel, dans un univers en trois dimensions, et même quatre en comptant le temps.

La nuit de Noël fut glaciale. On but plus de thé que d’habitude. La qualité du silence était ahurissante, pourtant pas un nuage pour étouffer les craquements du feu Touareg. La voix de Chouya, gutturale au sens plein du terme, semblait venue des cavernes voisines, comme si un ancêtre enrhumé l’acheminait depuis le Commencement du Monde.

Ces images voudraient transcrire ce qui restera dans l’imaginaire du garçon comme un voyage fondateur au pays où il faut être nomade pour survivre. Qu’elles soient par trois, ou par groupes de trois, n’est pas le fait du hasard. L’expérience mystique que beaucoup ressentent dans le désert explique la nécessité presque « religieuse » du triptyque, comme dans la Trinité chrétienne par exemple.

Triptyque évoque aussi la solidité, celle de ces roches-stèles dressées vers le ciel et pourtant si fragiles dans leur équilibre incliné. Celle aussi de l’appareil photographique posé sur son pied, et qui pourtant donne naissance à rien de plus fragile qu’une image.

Daniel ANIZON, Paris 2005

 

 


When he was a young boy, Ulysses went for a wonderful voyage. He was the youngest fellow in a group of 13. After a long day’s walk across an unbelievable scenery of huge rocks standing like a megalomaniac architect’s dream in the middle of sand dunes, he enjoyed the long evenings by the camp fire, though it was bitterly cold during Christmas eve.

The quality of silence was exceptional. When he was listening to Chouya’s  voice, it was like being still inside his mother, not so long ago after all, or buried deep under the sand, at the center of mother Earth. Though thousands of kilometers away from school and urban civilisation, he had the feeling that he was right in the center of the world.

These pictures are images of what a little boy could feel under those circumstances, and suggest how such an experience should impact his imagination for ever.

These pictures are either single pieces or tryptics, no matter the format because what is important here is the panoramic vision, not the camera.

As regards my choice of presenting Tryptics, it may come from the mystic experience that many people feel in the desert. Tryptics have a magic meaning, obviously religious (the Holy Trinity), they also mean strength like those rocks standing for ever, as stable as a camera on a tripod. Even if those images are often blurred due to emotion, fear of losing a vanishing world.

Daniel ANIZON, Paris 2005.

 

 

 
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