Ces photos ont été prises lors d’un voyage au Malawi qui s’est très mal passé.
Nous étions cinq au départ : deux photographes, deux vidéastes, un preneur de son. Nous avons dès le premier jour, été emportés dans un tourbillon de tensions incontrôlables. L’idée était de parcourir le pays avec des vélos achetés sur place. La première nuit nous avons rencontré Alex Makina (le même nom que mon appareil photo ; nous y avons tous les deux vu un signe), possesseur d’un pick-up rouillé de marque Toyota, modèle Stout.
Nous avons changé d’avis.
Toujours la même nuit, tard, ivres de l’arrivée et de traitement anti-paludéen fort, indispensable ici, nous lui avons proposé de partir avec nous. Il accepta. Le lendemain nous partîmes vers le nord, vers le lac, la tête au vent à l’arrière de la Stout. Le projet initial était de réaliser, pendant un mois, une exploration artistique multi support du Malawi, petit pays méconnu, coincé entre la Tanzanie au nord, la Zambie à l’est, et entouré du Mozambique partout ailleurs.
Je voulais photographier le mélange unique de style et d’élégance propre aux Africains qui m’avait ébloui quelques années auparavant lors de mon premier voyage en Afrique Noire. Très vite à bord de la Stout s’instaura une pression plus ou moins silencieuse, une nécessité impérieuse de produire. Chacun avait pris des risques en venant ici, certains financiers, d’autres affectifs, certains les deux. Rapidement il devint clair pour tout le monde que la gestion du collectif et la concentration sur son propre travail était difficilement conciliable. Ce climat instable favorisait les erreurs individuelles et collectives, notamment vis-à-vis de nos hôtes. Chacun cherchait sa position au sein du groupe, son équilibre surtout face à la puissante Afrique.
Un soir, l’explosion eut lieu. À Chia Lagoon, au bord du lac, un endroit sans intérêt comme on en rencontre beaucoup en voyage. La violence physique entre nous, à peine contenue, la violence verbale, elle, sans limites.
Je crois que j’ai passé une des pires nuit de ma vie, dehors, sous une moustiquaire qui me collait au visage, le souffle coupé par une peur irrationnelle.
Au matin, sans repos, je suis parti pour essayer de me calmer. Je suis arrivé dans un petit village au bord du lac. J’ai rencontré Adie Ndangala Phiri, le charpentier. Il m’a dit « Can I escort you ? », avec cette jolie expression pour me demander s’il pouvait m’accompagner. Nous avons marché un peu ensemble, sans beaucoup parler, entourés comme toujours d’une nuée d’enfants. Nous avons traversé le village, puis un champs en direction de la route et je lui ai parlé. Je lui ai dit que mes amis étaient devenus fous, que j’avais peur, que je ne savais pas quoi faire. Il m’a écouté. Il n’a presque pas parlé. Il m’a raccompagné jusqu’à la maison, de l’instituteur de l’école devant laquelle nous avions dormi. Voilà.
Après ça le voyage a continué
Nus avons pris des routes différentes
Je n’oublierai pas Adie
Je n’oublierai pas ce voyage
J’aime l’Afrique parce qu’on y trouve des Hommes
Ces photos sont pour eux.

 
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