Préfabuleux
Des palaces pour le peuple

Elisabeth Blanchet
photographies et textes

 

 
 

Après la deuxième guerre mondiale, 150 000 maisons préfabriquées ont été construites dans les villes les plus bombardées du Royaume-Uni. Destinés en priorité aux familles avec de jeunes enfants sans logement, ces « palaces for the people » (palaces pour le peuple, c’est ainsi qu’on les appelait à l’époque) étaient synonymes de confort, de luxe et aussi de liberté. La guerre avait conduit des milliers de jeunes couples à vivre chez les beaux-parents ou à louer des chambres dans des maisons communes et avoir enfin un « chez soi » était le rêve de toute une génération. Issus de la même origine sociale, les habitants des « prefabs » avaient tous le même âge, les mêmes divertissements. Il y avait dans ces quartiers de préfabriqués un véritable esprit de communauté. Et l’époque d’après-guerre y était propice. Tout était à reconstruire.

Les préfabriqués n’étaient censés être qu’une solution temporaire à la crise du logement d’après-guerre. Ils ne devaient durer que 10 ans. Près de 60 années plus tard, des centaines de ces préfabriqués sont encore debout et habités. De quartiers du sud de Londres à Newport dans le Pays de Galles en passant par la banlieue de Birmingham, j’ai rencontré Les habitants de ces préfabriqués. Et partout j’ai entendu le même refrain : aucun d’entre eux ne quitterait son prefab, pour rien au monde… Pourtant, le mot « préfabriqué » peut avoir une connotation négative, une connotation de « temporaire », en attendant mieux.

 

Mais le mieux, tous les résidents que j’ai rencontrés m’ont dit qu’ils l’avaient déjà : Une petite maison dont la conception était à l’opposé de celle des maisons traditionnelles britanniques en brique rouge, toutes en longueur, et en escaliers, sombre et aux jardins exigus. Le préfabriqué, lui, n’a pas de maison mitoyenne, les pièces y sont claires, pratiques, sans escalier, il est entouré d’un grand jardin.

Les habitants des préfabriqués se sont battus et poursuivent encore aujourd’hui leur combat pour sauver leur « bungalow » de la démolition. Régulièrement, les « prefabs » sont dans la ligne de mire des autorités locales : les terrains prennent de la valeur et louer à des personnes âgées des préfabriqués n’est plus assez lucratif pour les services sociaux britanniques. Alors le temps et l’argent finissent par avoir raison de ces vieux préfabriqués et de leurs habitants qui vieillissent.

En allant d’un « prefab » à un autre, j’ai rencontré des gens étonnants, touchants. La plupart sont des personnes âgées installées depuis des décennies dans leur bungalow. Leur intérieur est tapissé d’objets évoquant leur passé. J’ai choisi à travers ce travail de raconter un tout petit bout de leur histoire à travers leur portrait dans leur préfabriqué, avant qu’il n’en reste plus aucune trace…

Elisabeth Blanchet
Novembre 2002

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  © Elisabeth Blanchet
“Hollywood” en plein cœur de Catford, dans la banlieue sud de Londres.
Des 180 préfabriqués installés au lendemain de la deuxième Guerre Mondiale, il en restent 153 qui valent bien le détour
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